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Après l'annonce le 5 novembre dernier par le gouvernement gabonais de l'interdiction de l'exportation des grumes dès 2010, les industriels français, très
présents dans le secteur, s'inquiètent des répercussions d'une décision si précipitée sur l'économie forestière. L'insuffisance des infrastructures de transformation locale du bois et l'absence
d'un échéancier concerté avec les exportateurs étrangers pourraient porter un mauvais coup à la filière bois au Gabon.
Pressé de poser les bases du «Gabon émergent»
promis à ses électeurs, le président Ali Bongo a décidé le 5 novembre dernier, à peine 20 jours après son investiture, de l'interdiction dès 2010 de l'exportation des grumes pour augmenter la
valeur ajoutée des produits exportés dans le secteur bois.
Si elle gage effectivement de la volonté du nouveau chef de l'État d'améliorer les retombées socio-économiques de la filière bois pour les populations locales, cette mesure pourrait toutefois
vite se heurter à des limites en termes de mise en œuvre sur le terrain.
Annoncée avec une échéance de moins de deux mois, cette décision a semé le trouble chez les industriels français du secteur, qui réclament un échéancier plus souple qui leur laisserait le temps
de s'adapter à cette mesure.
Si elle est censée «créer davantage de richesse nécessaire à juguler le chômage notamment des jeunes et des femmes et d'exporter des produits finis et semi-finis à forte valeur ajoutée», comme
l'explique le communiqué final du Conseil des ministres, cette décision pourrait avoir des revers moins bénéfiques.
«Ali Bongo a raison de vouloir développer la transformation du bois sur place, mais cette décision brutale prise sans la moindre concertation est un mauvais coup pour les investisseurs et passe à
côté de l'objectif», estime à cet effet Anthony Bouthelier, président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN).
Cette mesure «va perturber le trafic des ports et du chemin de fer au Gabon, des scieries en France. Par sa précipitation, cette mesure décrédibilise Ali Bongo», ajoute-t-il.
Le leader français du contreplaqué en Europe, Plysorol, racheté il y a quelques mois par une société chinoise, et dont la matière première provient essentiellement du Gabon, pourrait bien ainsi
voir ses plans de relance contrariés, mettant en péril les 500 emplois en France et autant dans ses filiales gabonaises.
Les industriels du secteur bois implantés au Gabon ont ainsi réclamé un report de la mesure «parce qu'il faut un an à deux ans pour construire les usines nécessaires», explique un opérateur
français de la filière bois au Gabon.
Les industriels signalent par ailleurs que la transformation locale du bois «ne règle en rien la question de la gestion durable de la forêt», alors que 55 % de la forêt gabonaise serait exploitée
par des sociétés chinoises, malaisiennes et indiennes qui ont encore des difficultés à mettre en oeuvre les principes de bonne gouvernance et de gestion durable des ressources
forestières.
Les industriels français ont ainsi saisi la cellule diplomatique de l'Élysée et le sujet devrait être inscrit au menu du déjeuner de travail entre le chef de l'État gabonais et son homologue
français le 20 novembre à Paris.
Si cette décision s'inscrit résolument dans le cadre du projet de société du nouveau président visant à faire du Gabon un pays émergent avec un accent particulier sur la rentabilisation des 22
millions d'hectares de forêts, le caractère précipité et unilatéral de cette décision peut également s'apparenter à «coup de pub» visant à tisser sa légitimité dans un pays gangrené par le
chômage et où la filière bois est le deuxième employeur après la fonction publique.
Publié le 19-11-2009 Source : gaboneco Auteur : gaboneco
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