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LIBREVILLE, 22 octobre (Infosplusgabon) - Le
commerce informel a pris un véritable envol au Gabon depuis ces derniers années et constitue une activité lucrative qui brasse plus de 10 milliards de F CFA par an, selon une estimation du
ministère des Finances et de l’Economie, et qui non seulement échappe au contrôle de l’Etat mais dérange les pouvoirs publics. "Le secteur informel jadis presque inexistant est réellement apparu
avec l’inflation galopante qui a débuté en 1986.Au cours de la période 1993-1995 les prix avaient augmenté de 32,4 à 35,6% et dans une proportion moindre entre 1995 et 1996",explique Michel
Nzamba, contrôleur des impôts.
"La crise qui frappe le Gabon s’était amplifiée après la dévaluation du F CFA survenue en 1994. Aujourd’hui, à cause de la chute du prix du baril de pétrole et de l’épuisement des gisements
pétroliers, la crise met en péril une large part du tissu économique dont la conséquence est la baisse des recettes de l’Etat", commente M. Philippe Mondjo, agent au ministère du
Commerce.
Le commerce informel qui constituait essentiellement le domaine d’intervention des Ouest-Africains et des voisins Camerounais, a attiré depuis peu les gabonais. Devenus très nombreux, les
commerçants des rues concurrencent dangereusement les magasins légalement installés.
Les produits coûtent chers au Gabon car ils sont le plus souvent importés. Le Gabon qui est peuplé d’à peine 1,5 million d’habitants n’est pas encore arrivé à assumer son autosuffisance
alimentaire.
Les charges salariales sont très élevées pour les entreprises. Le secteur moderne a cru trouver la solution par des compressions de personnel ou par des réductions de salaires pour éviter
l’asphyxie des taxes de l’Etat.
Pour freiner l’augmentation des prix, le gouvernement avait revu à la baisse une liste des produits de première nécessité car la vie chère ne permet plus aux populations les plus démunies de
vivre décemment au quotidien.
Le secteur informel qui est non structuré, a servi à quelques opérateurs qui n’ont pu obtenir des crédits auprès des banques, de monter des affaires à structure et à gestion moderne.
Aujourd’hui, ces entrepreneurs qui sont partis de l’informel et qui ont réussi, régularisent leurs activités pour justifier la provenance de leurs capitaux même s’ils ont du mal à s’adapter aux
règles fiscales du pays.
"Pendant ce temps, les autorités du pays essayent également de réorganiser le paysage entrepreneurial en renforçant leur rôle d’incitateur de création d’entreprises, en éliminant les distorsions
sur le marché et en faisant émerger le dynamisme du système productif", explique un agent de banque.
"Le commerce informel représente un manque à gagner fiscal important pour l’Etat et malgré la chasse aux commerçants de la rue par la police municipale, l’activité informelle s’est bien installée
et fait partie du quotidien", déclare un contrôleur de la mairie de Libreville chargé d’éloigner les vendeurs ambulants des édifices publics.
Aujourd’hui, on peut presque tout acheter dans la rue, sur les parkings, à la sortie des supermarchés, des légumes aux vêtements divers en passant par des postes de radio, le téléphone portable
ou la cravate et depuis peu des meubles en rosier.
Ce nouveau phénomène bénéficie aux populations les plus démunies qui trouvent dans la rue des articles de bonne qualité à des prix abordables et concurrentiels.
"Initialement limités dans les rues, les ventes ont gagné les bureaux où les fonctionnaires achètent certains de leurs articles à crédit", révèle Sylviane Mba, une secrétaire abonnée à un vendeur
de tissus.
La population, comme certains agents de l’Etat, trouvent leur compte dans le secteur informel en dépit des interpellations des vendeurs à la sauvette par la police municipale.
" La situation est devenue difficile aujourd’hui au point que nous sommes contraints de réduire notre consommation alimentaire ce n’est pas facile de joindre les deux bouts même avec deux
salaires", explique une mère de famille rencontrée devant un étalage à la sortie de son lieu de travail.
Les syndicats et le gouvernement poursuivent leurs discussions pour l’amélioration des conditions de vie des populations et dans le but de relever le point d’indice des salaires ainsi que le
salaire minimum.
Avec la vie chère et la flambé des prix, certains Gabonais découragés d’attendre indéfiniment un emploi à la fonction publique, premier employeur du pays, se sont découvert des vocations
d’investissement et tout est devenu prétexte à faire du commerce.
Avec la fluctuation du cours du dollar, dans un pays dont l’économie est tributaire de la vente des matières premières et de l’importation des produits de première nécessité, le pouvoir d’achat
des populations n’a cessé de se dégrader et les commerçants on continués à spéculer sur ces produits allant jusqu’a créer des pénuries artificielles de sucre, de riz ou d’huile
d’arachide.
Le secteur informel représente environ 50% de la valeur des importations gabonaises. Les acheteurs revendeurs, organisés en circuits, déclarent généralement des chiffres fantaisistes pour
échapper à la fiscalité", a confirmé un agent du ministère du commerce et de l’industrie. Le gros secteur informel englobe les importations des produits en provenance principalement d’Asie, des
Etats-Unis et dont certains arrivent sur le marché gabonais à travers des circuits non traditionnels.
"L’argent issu des ventes du secteur informel est généralement rapatrié à l’étranger par les Ouest Africains pour financer d’autres projets ou encore pour aider leurs familles. Une sorte de fuite
des capitaux qui ne bénéficient pas au pays hôte", témoigne Samuel Nguema, agent de change dans une Banque de la place.
A l’inverse de ce qui se passe dans d’autres pays africains, les marchands ambulants qui exercent au Gabon sont rarement des enfants mais des adultes. Des similitudes existent toutefois : les
fillettes et les femmes vendent généralement des produits consommable devant les chantiers ou à proximité des établissements scolaires où elles s’installent dès 7 heures du matin.
" Le commerce informel et les prestations de services sont assurés par des particuliers très actifs ou par des sociétés non autorisées à les fournir. Ces activités économiques ont toujours existé
au Gabon à faible échelle mais n’avaient pas troublé l’équilibre des circuits de commercialisation ou de distribution comme c’est le cas aujourd’hui", rapporte un contrôleur des prix.
" Soucieux d’encourager la création des petites entreprises, l’Etat avait pu obtenir un prêt de 40 milliards de FCFA auprès de la Banque Africaine de développement (BAD), dont une mission avait
séjourné à Libreville, pour évaluer de nouveaux mécanismes de crédits dont les conditions d’octroi avaient été jugées draconiennes par les promoteurs gabonais", se plaignait M. Jean-Pierre
Midouma, membre de la Confédération nationale du patronat gabonais.
Partis du secteur informel, plusieurs hommes et femmes ont dû compter sur des structures ethniques ou sur des systèmes de "tontines" pour réunir des capitaux, a t- il souligné.
L’explosion du commerce informel a contraint certains établissements de fermer à cause d’une concurrence déloyale liée notamment à l’importation des produits alimentaires très peu produits sur
place.
"Pour le consommateur moins aisé, le commerce informel est arrivé à point nommé car en attendant que les promesses du gouvernement d’augmenter les salaires ou les allocations familiales, se
concrétisent, la vie au quotidien est moins pénible", estime un instituteur d’école.
Jeudi 22 octobre, Info Plus Gabon
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