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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /2009 09:31


Le lancement de l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique met une nouvelle fois la question de la gouvernance sur le devant de la scène. Si les résultats de l’Indice sont pour beaucoup conformes à ce qu’on pouvait espérer, ils réservent aussi quelques surprises.


L’une de ces surprises est le manque de données fiables sur l’état de notre continent. Pour n’en donner qu’un exemple, les données sur la pauvreté dans la plus grande partie de l’Afrique sub-sahariennes sont inexistantes, extrêmement irrégulières ou totalement périmées. Les dernières données fiables sur la pauvreté au Malawi datent de 1998, et remontent à 1993 au Niger. Ces lacunes ont d’ailleurs justifié l’abandon de certains indicateurs inclus auparavant dans l’Indice.


Ce manque de données est particulièrement préoccupant à l’égard des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et l’espoir formulé par la communauté internationale de diviser par deux la pauvreté dans le monde à l’horizon 2015. Si nous ne pouvons pas mesurer la pauvreté, nous ne pouvons certainement pas mesurer l’impact de nos efforts pour la réduire.


En dépit de  ces contraintes, nous avons cette année rassemblé, au sein de cet Indice,  les données les plus solides, les plus complètes et les plus récentes disponibles sur notre continent. Nous avons souhaité que l’Indice reflète en particulier les performances récentes des gouvernements, afin d’en maximiser l’utilité pour les populations et la société civile africaine. Nous nous sommes efforcés d’éliminer les « influences historiques » sur les résultats obtenus par les gouvernements en place, en évitant de transférer les succès ou les échecs de leurs prédécesseurs. Notre Indice ne mesure pas, par exemple, le nombre de kilomètres de routes bitumées, mais étudie les politiques récentes mises en place pour renforcer les infrastructures.


En examinant les quatre grandes catégories Sécurité et Respect des lois, Participation et droits humains, Opportunités économiques durables, et Développement humain, nous sommes parvenus à proposer une évaluation sérieuse, inclusive et juste de la gouvernance.


Et nous sommes fiers des résultats. Nous avons pu surmonter la difficulté majeure de l’accès aux données, et produire un indice qui reconnaît équitablement les pays bien gouvernés quand ils le sont, et expose sous une lumière crue ceux qui le sont bien moins.


Nous avons éliminé une dérive favorable aux états policiers, lorsque la criminalité, faible voire inexistante, est due avant tout au contrôle répressif exercé sur les populations civiles. En combinant l’évaluation de la sécurité à la solidité du système judiciaire,  nous associons la sécurité des biens et des personnes à la protection des individus. De la sorte, nous contribuons à une compréhension plus large des problématiques de gouvernance en la matière.


Par exemple, la présence d’un pays comme le Gabon dans la moitié inférieure du classement pour la catégorie Sécurité et Respect des Lois, est due à sa faible performance concernant le renforcement de son système judiciaire. À l’autre extrémité de l’échelle, l’Afrique du Sud obtient un bon score parce que le gouvernement a su établir des
mécanismes constitutionnels forts pour garantir la sécurité et l’accès à la justice, en dépit de résultats relativement faibles pour le seul indicateur de la sécurité. Les pays qui obtiennent les meilleurs résultats dans cette catégorie offrent un accès équitable à la justice tout en garantissant la sécurité de leurs concitoyens.


De même, dans le domaine de la Participation et des droits humains, nous avons pris en compte non seulement l’existence d’élections libres, mais surtout la qualité de leur déroulement. Nous avons aussi accordé une grande importance à l’engagement des gouvernements contre l’inégalité des sexes, puisque les femmes jouent un rôle essentiel au sein des familles et dans la vie économique et sociale de leur communauté, sans bénéficier, trop souvent, des mêmes droits que les hommes. Par conséquent, l’Indice pénalise les pays qui, comme le Niger, réagissent peu face à ces inégalités, mais récompense la Tanzanie qui a progressé rapidement dans ce domaine.


En outre, nous avons redéfini notre évaluation de la gouvernance économique, comprise dans la catégorie « Opportunité économique durable ». Depuis des années, nous savons que la méthode la plus efficace pour renforcer la croissance économique et améliorer de manière durable le niveau de vie des populations, consiste à favoriser un environnement propice aux investissements et à supporter activement la création d’entreprises. Etre incapable de favoriser les conditions de cette croissance, dépendre à l’excès de ressources dont les profits sont souvent  accaparés par une minorité, voilà le meilleur moyen de détruire la vitalité économique d’un pays.


Dans l’Indice 2009, les pays dont la gestion des ressources est la plus mauvaise – tels que le Gabon, la Guinée Équatoriale, l’Angola, la Libye et même mon propre pays le Soudan – obtiennent comme il se doit des résultats extrêmement médiocres dans cette catégorie. Ces mêmes pays n’accordent en général aucune priorité au développement rural. Sur un continent où plus de 65% de la population vit en zone rurale, ne pas accorder à ces populations la priorité qu’elles méritent est un signe grave de faillite de la gouvernance nationale.


L’Indice 2009 confirme ce que nous savions déjà sur le lien entre l’instabilité et la gouvernance. Les pays frappés par des conflits, internes ou externes, occupent les plus mauvaises places du classement.


Au fond, notre objectif est de participer à l’émancipation des citoyens et de la société civile africaine, à travers un outil, l’Indice, permettant de tenir les gouvernements responsables de leurs actions pendant leur mandat. En partie, cette émancipation passe par une amélioration de la capacité de l’Afrique à évaluer, elle-même, la manière dont elle est gouvernée. À long terme, l’Indice sera compilé par des institutions universitaires établies sur tout le continent. Ces institutions fourniront des données de plus en plus fiables, aideront l’Afrique à s’approprier cette question essentielle de la gouvernance. En cherchant à résoudre ce défi primordial, nous empruntons, ensemble, pas après pas, le chemin d’un développement profondément durable.

Lundi 12 octobre 2009,
Source lemessager.net

Publié dans : AFRIQUE
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