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du Gabon,
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De nombreux chefs d'Etat, dont Nicolas Sarkozy,
sont au Gabon pour les obsèques du président Bongo. Une assiduité protocolaire qui souligne le poids de ce minuscule pays dans une Afrique convoitée par la Chine.
Dans Le Coup de Lune, roman de la désillusion coloniale, Georges Simenon vidait Libreville de tout pittoresque
: un littoral morne où souffle un vent poisseux, un unique hôtel où des petits Blancs s'alcoolisent en cadence, des cases peuplées de Noirs sans le sou.
Ce roman fut écrit en 1933, deux ans avant la naissance du futur président Albert Bongo (prénommé Omar à la suite de sa conversion à l'islam en 1973, pour plaire aux Arabes de l'OPEP). De nos
jours, à contempler la corniche de Libreville, ses grands hôtels, ses 4x4 et ses boutiques de téléphonie mobile, on pense que le pays a bien changé depuis le passage de Simenon. Mais si l'on
regarde les Gabonais les plus pauvres, à l'intérieur du pays, les différences sont moins nettes. C'est en cela que la présidence Bongo a failli.
Le Dr Schweitzer
s'installerait-il encore
à Lambaréné ?
Le Gabon ne ressemble en rien au Sahel enclavé, menacé par l'extension du Sahara, dépourvu de richesses
minières. Le pays verdoyant que dirigea Bongo est riche en pétrole, en fer, en manganèse ; il possède des bois précieux nés il y a des décennies dans la forêt vierge ; et il a l'Atlantique pour
exporter.
Les Gabonais profitent peu d'un PNB dopé par les ventes d'hydrocarbures. Plus de la moitié de la population, analphabète, vit sous le seuil de pauvreté, alors même que le pays est peu peuplé :
1,4 million d'habitants (moins qu'en Alsace).
C'est au Gabon qu'Albert Schweitzer vint en 1913 fonder son hôpital ; celui-ci, administré par une fondation internationale, offre aujourd'hui des soins bien meilleurs que les hôpitaux publics
gabonais. Si Schweitzer devait aujourd'hui ouvrir un dispensaire, irait-il au Gabon, pays que ses richesses, si elles étaient correctement redistribuées, devrait sortir de la précarité ?
Mais le clan Bongo a malheureusement réservé sa fortune à la clientèle des inféodés. C'est ce fossé entre la richesse accaparée et la pauvreté majoritaire qui est affreux.
Ces tares vouent-elles le Gabon aux gémonies ? La présidence Bongo fut plus rusée que cruelle. On est loin des errances d'un Mugabé au Zimbabwe ou, naguère, d'un Idi Amin Dada en Ouganda.
Bongo a préféré circonvenir la plupart des opposants potentiels, qui ont fini par manger dans sa main. Mais au moins a-t-il su éviter les guerres civiles durant plus de quarante ans. Si l'on
regarde les désastres militaires de quelques Etats voisins, ce n'est pas mince.
La Chine en embuscade
Reste le péché congénital issu des noces incestueuses de la "Françafrique".
Admettons que la France, au nom de la morale, rompe avec le Gabon : elle le payera en termes d'influence sur tout le continent africain sans que, pour autant, la morale s'enracine à Libreville.
Tout retrait (de la France ou de n'importe quelle autre ex-puissance coloniale européenne) sera automatiquement comblé par la Chine. De même que la France a bêtement laissé Toyota s'emparer du
marché africain des véhicules tout-terrain là ou Peugeot régnait sans partage, elle est en train
de se faire marginaliser en Afrique de l'ouest par des investissements chinois de grande ampleur.
La France reste le premier fournisseur du Gabon, mais c'est la Chine qui va exploiter le très prometteur gisement de fer de Belinga et doit construire un port en eau profonde ainsi qu'une
centrale hydraulique. N'en doutons pas, la Chine du XXIe siècle s'installe en Afrique avec autant de convoitises que les contemporains de Jules Ferry.
Cela ne veut pas dire que la France et l'Afrique doivent renoncer aux principes du contrôle démocratique. Le progrès, le vrai, va en ce sens. Mais le réalisme impose néanmoins de ne pas
s'enfuir jupes au vent. Plutôt que de se boucher le nez comme une dame patronnesse outrée, il convient de remonter ses manches et d'aider à nettoyer les écuries d'Augias.
Dominique Jung
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